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Il y a quarante ans, alors que se mettait en place la politique de démocratisation de l'enseignement, l'analyse qui suit, n'a eu d'aucun courant de pensée, d'aucun parti politique, d'aucun média un écho intéressé.

Que croit-on savoir d'eux (les tests)

A force d'être géré à la petite semaine, l'enseignement dispensé dans notre pays va à vau-l'eau. les chefs de services zorey à la tête de cette entreprise ne trouvent rien de mieux que d'en faire porter les responsablités à nos enfants. A la radio et dans la presse, M. le Vice-recteur a lancé à la cantonade que plus de 40% d'enfants créoles sont attardés. La tendance étant de dépister les déficients intellectuels pour les diriger vers des classes spéciales, on soumet donc l'enfant à toutes sortes d'examens qu'on a fait venir de France et qu'on appelle "batteries de tests psychologiques".
Le seul pour lequel nous n'ayons pas une méfiance totale c'est le test du "bonhomme", que l'enfant peut affronter, même s'il n'a pas été scolarisé, même s'il ne parle pas français.
En revanche, tenir compte des résultats obtenus par l'enfant créole aux tests tels que "Binet-simon", "W.I.S.C.", ou encore "Termann-Merrill", est nuisible à la scolarité de l'élève car celui-ci est victime de préjugés défavorables.
Le "Termann-Merrill"
C'est un Américain qui a conçu ce test pour ses concitoyens à la culture anglo-saxonne. Mais pour l'utiliser en France, Félix Cesselin l'a modifié sensiblement, en a fait un "Termann-Merrill" à la française intégrant le mode de vie et la la langue des petits élèves de son pays.
Les jeunes Réunionnais devant ce test
a) premier couac: la culture.
Dans l'épreuve 4 destinée aux enfants de quatre ans, on présente à l'élève une feuille contenant beaucoup de dessins (figure 1) et on lui dit: "montre moi avec quoi on fait la cuisine!" L'enfant est ahuri, il cherche une réponse. Il désignera le poisson, les oeufs ou n'importe quoi. Ce qu'il connaît, c'est sa cuisine créole avec le feu de bois sous le trépied et les marmites noircies par la fumée. S'il ne trouve pas, parmi toutes les images qu'on lui présente, ce qui sert à faire la cuisine, il n'en est pas pour autant demeuré.

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" Lansèyeman La Rénion... in plan kolonialise" est un ouvrage qui a concrétisé une analyse faite en 1970 par un groupe d'enseignants militants autonomistes. Rompant avec les analyses et options syndicales, politiques et idéologiques de son temps, il fut tiré, faute de moyens, à un nombre réduit d'exemplaires et ne bénéficia d'aucun réseau de diffusion autre que militant. Il est aujourd'hui introuvable.

En présentant un extrait de ce livre, Lansiv kréol souscrit à un droit de mémoire indispensable aux Réunionnais de toutes les générations scolarisées après la mise en oeuvre de la démocratisation de l'enseignement. Droit de mémoire pour avoir accès à des informations autres qu'officielles, les analyser, les comparer aux versions qui leur ont été données jusqu'à présent, comprendre la situation de l'époque et en trouver les répercussions sur la situation actuelle. Nous vivons en effet dans une île qui a, depuis bien longtemps, pratiqué avec un art consommé une manipulation de l'opinion s'appuyant sur un tri implacable des témoignages de l'histoire.

Puisse ce passage de "Lansèyeman la Rénion ..." , par l'éclairage qu'il apporte sur un simple aspect de la politique scolaire en1970, inciter de jeunes chercheurs réunionnais à travailler à une relecture de la politique scolaire menée à La Réunion pendant ces quarante dernières années et contribuer à ouvrir un débat de fond sur la finalité de l'enseignement à la Réunion en 2007.

La cuisinière c'est quelque chose qu'il ne connaît pas puisqu'il n'en a pas chez lui.

Dans l'épreuve numéro cinq pour les enfants de quatre ans et demi, il faut qu'il complète les phrases que l'examinateur lui dit. À la deuxième phrase, l'enfant ajoute : : « en fer ». Parce qu'il sait que sa mère se sert d’un « karo »* pour repasser sa chemise et son short.
* Terme créole pour désigner le fer à repassser

À la quatrième phrase, il se dit que le testeur lui tend un piège en lui mentant. Pour lui, le bout d'une canne n'est pas arrondi. Alors il se tait, il ne dit plus rien.
Dans l'épreuve numéro trois pour enfant de cinq ans, on lui demande « ce qu'est une balle ». Notre enfant connaît la « balle de riz », la « balle de pistaches », la « balle de maskad ». Mais il ne lui vient pas à l'esprit que c'est aussi la « petite boule » avec laquelle il joue.

b) Autre chose qui ne va pas du tout: la langue.

Dans l'épreuve numéro cinq pour enfants de cinq ans, le psychologue lui lit quelque chose en français et l'enfant doit restituer le plus fidèlement possible ce qui vient d'être dit. Il ne faut oublier aucun mot car la moindre faute entraîne zéro pour la question. N’est-ce pas aberrant ?
Nous quitterons la version française du Termann-Merril avec l'épreuve numéro quatre pour enfants de sept ans.À vous de voir si votre propre enfant pourrait s'en sortir.

En réalité, les questions ne sont pas trop difficiles, mais comment pourrait s'en sortir l'enfant à qui on pose des questions dans une langue qu'il ne maîtrise pas ?
Ces quelques exemples prouvent que leurs tests sont de véritables machines inadaptées qui font la démonstration que... la tête de nos enfants n'est pas normale, qu'il y a beaucoup d'inadaptés et de demeurés dans notre pays.

Lorsqu'on soumet les enfants à ces tests.

Pour les épreuves de Termann-Merril, il faut beaucoup de temps parce qu'il y a beaucoup de questions. Très vite, l'enfant est fatigué d'écouter l'examinateur qui lui pose des tas de pièges dans une langue qu'il ne comprend pas. Il finit par s'ennuyer, alors il se cherche une occupation plus agréable, il n'écoute plus, s'agite sur son banc, regarde ailleurs et joue avec ce qui lui passe sous la main. Ce que notre psychologue compétent consigne sur le dossier : « élève instable, très sensible aux stimuli extérieurs ».
Mais selon vous, quoi de plus normal et de meilleur pour cet enfant que de fuir toutes ces questions agaçantes pour chercher à satisfaire ailleurs sa curiosité?
Le « Goodenough ».
C'est celui qui s'appuie sur le « test du bonhomme » et auquel nous faisons le plus confiance. Jusqu'à présent, il est le seul qui puisse donner une évaluation à peu près correcte de l'évolution de nos enfants. L'enfant soumis à cette épreuve dispose d'une feuille et d'un crayon et on lui demande de dessiner un bonhomme. Comme on le voit, ce dessin est universellement valable. C'est pourquoi nos élèves y réalisent les meilleurs scores. Avec des consignes en créole, il est sûr que beaucoup d'enfants y auraient obtenu des scores encore plus significatifs.
Voici par exemple un bonhomme (figure 4) dessiné par un enfant en classe de perfectionnement*. d'une école de Saint-Denis.
*Classe où sont regroupés les instables et les élèves en grande difficulté .

Cet élève obtient 32 points ce qui lui donne 110 de quotient intellectuel. Cela veut dire que son développement intellectuel le situe au dessus de la moyenne des enfants de son âge. Mais s'il a échoué dans cette classe d'inadaptés, c'est à cause du « Binet-Simon » et du « Termann-Merril » qui ont diagnostiqué en lui un élève intellectuellement anormal...

Comme on voit, avec les tests qui ne sont pas adaptés, beaucoup de classes de perfectionnement sont remplies d'enfants qui ne sont pas bêtes du tout, qui sont même intelligents. Les responsables de l'enseignement utilisent à dessein des épreuves qui inventent des attardés parce qu'ils ont besoin de justifier l'échec de leur politique scolaire.

Le test du bonhomme et la méthode R.E.M.I.
Le « bonhomme » diminue le nombre d'inadaptés puisqu'il contredit les tests nécessitant la maîtrise du français. C'est pourquoi, les responsables ont cherché et trouvé une raison de ne plus utiliser ce test à la Réunion. La méthode R.E.M.I. leur a apporté le prétexte. C'est une méthode audiovisuelle (elle est basée sur la répétition de phrases de films sonores pour faire assimiler du vocabulaire français). Dans les chapitre 11, 12, 13 et 14, à l'aide de cent esquisses et dessins on apprend à l'enfant de façon détaillée toutes les parties du corps humain. Pour ceux qui veulent s'en rendre compte par eux-mêmes nous leur proposons les images d'un extrait de film et les paroles correspondantes (figure 5).

Vous pouvez vous rendre compte de ce que l'enfant doit répéter pour apprendre à remplir la feuille lorsqu'il aura à dessiner un visage humain à la grande satisfaction des importateurs de la méthode. Point n'est besoin d'être grand savant pour savoir ce que sera le résultat. La perversion du travail qu'on est en train de faire avec nos enfants est flagrante lorsqu'on soumet au test les enfants de maternelle et de section enfantine.

Voici le dessin qu'un enfant a fait à notre demande (figure 6). Entre le 14 mai 1970 et le 8 juin 1970, il a connu une progression fulgurante : en moins d'un mois, il a gagné un an d'âge mental.
L'enfant est entraîné à regarder les images et à répéter ce qu'il entend. Quand arrive le moment de passer le test du bonhomme, il croit qu'il doit réciter sa leçon et reproduit le dessin qu'il a mémorisé lors des séances d'apprentissage.

C'est un véritable entraînement au test du bonhomme organisé de façon subtile dans les classes maternelles et la section enfantine. Il est devenu impossible, en utilisant ce dessin, de mesurer l'évolution mentale de notre enfant, ce qui condamne un outil de mesure de l'âge mental réel des enfants qui arriveront au primaire cette année. Et dire que c'était l'outil le plus performant !

Ceux qui parlent créole ne sont pas normaux.
Que voit-on sur la fiche de synthèse des tests psychologiques d'un élève de sept ans et demi (figure 7)? Avec la version française du Termann-Merril, il n'obtient que 62 points de quotient intellectuel. Mais au « test du bonhomme » il obtient 80 points de quotient intellectuel, ce qui correspond à une différence de quatorze mois d'âge mental.
Quelqu'un d'honnête aurait accordé au « test du bonhomme » un plus grand crédit qu'au test Termann-Merril pour évaluer l'élève. Eh bien non ! Comme défaut et maladie, le psychologue inscrit : « parle créole ».
Ainsi aujourd'hui, pour cet éducateur, un enfant qui parle créole est sérieusement malade, dégénéré, attardé mental ! Il serait étonnant que ces psychologues compétents n'aient pas encore trouvé que ceux qui ont la peau noire sont atteints d'une maladie très grave : la maladie de la couleur de la peau.

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Extrait de: SARCEMATE, Lansèyeman La Rénion... in plan kolonialise, pages 53 à 64, La Réunion, 1970.
Traduction des pages en français: Roger Théodora, décembre2007. © - copyright lansiv-kreol.net 2007

...Une situation dénoncée dès 1970
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