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E nou, nou nana Limanité pou réglé dan nout tèt....Et nous, nous avons à mettre l'Humanité en ordre dans notre tête.

Lorsque dans des rencontres avec des journalistes étrangers ou des enfants des écoles, je suis amené à parler de " Batarsité " ou du maloya, je leur dis qu'au départ, j'ai disposé de trois atouts :
Le premier atout a été le monde agricole. Il me semble que c'est ce qui a le plus compté. Parce que lorsqu'on gagne sa vie à planter du maïs, mentalement, on apprend à être fort, à être libre, vis-à-vis de ceux qui vous disent : que deviendrions-nous si les importations de riz venaient à être interrompues ? Et puis, vous vivez dans la nature, avec les saisons, dans une pratique écologique même si le concept vous étranger. Et votre culture est celle de la terre, avec la connaissance de l'environnement, les devinettes etc…


Le deuxième atout a été l' école. J'ai eu la chance de la fréquenter.. Pas toujours motivé, j'ai pu quand même en retirer certaines choses. Elle m'a appris à approfondir mes connaissances, à me servir de certains outils…à trouver les mots justes, et les assembler pour construire une chanson.
La troisième chose enfin, c'est d'avoir eu un père qui militait pour l'autonomie de la Réunion, militant pour se dresser, revendiquer et, entre autres combats, crier haut qu'il fallait nous respecter… et tout ça, pour moi , ça s'est bien marié, et c'était un bon terreau.

Et c'est là-dessus qu'a poussé une fleur…une fleur, et en même temps un engrais : et ça s'appelait le maloya. Et pourtant, je n'y avais pas goûté au sein de ma mère, je n'y avais même pas fait mes dents. Non ! j'avais dix huit… vingt ans, peut-être quand , avec Firmin Viry et d'autres maloyeurs, le maloya a fait irruption dans ma vie.

A cette époque, j'aurais pu me laisser convaincre de partir, me dire que je parlais bien français, ou encore que j'avais réussi, comme on dit, que je sortais de ma misère, de ma marginalité, j'aurais pu m'enfuir de ma ruralité, jeter tout ça aux oubliettes, confier aux manucures mes mains marquées par le travail des champs, mes mains de cul terreux … les soigner, porter la cravate et devenir quelqu'un comme il faut.

Mais voila! Le maloya est arrivé à point nommé pour me rendre à moi-même, pour me remettre sur la bonne voie, si l'on peut dire. C'est lui qui m'a pris en mains… parce que même la politique, eh bien la politique me disait : " la religion c'est ceci…. la religion c'est cela… l'opium du peuple… " Ce qui faisait qu'en moi-même je me disais : " Hé ! tout ce qui se vit à la Réunion, c'est de la foutaise ! Tu ne manges pas de bœuf ! et pourquoi tu ne manges pas de ceci ? et pourquoi tu fais ça ? C'est du gaspillage !... "

C'est que mon père m'avait tant de fois dit que - pour prendre un exemple - les fleurs c'était du superflu … ça ne se mangeait pas. Et c'était à cause de sa vie à lui, une vie de misère ! Cultive ton jardin, oui, mais pour manger : de la salade, du chou, mais pas des fleurs ! Et puis ne va pas jouer… Le jeu ne doit pas t'occuper l'esprit…. Et cela fait que j'ai tout ça en tête.
Par-dessus tout ça, le Communisme me dit : la religion, ce machin du dimanche, ce n'est pas la priorité. Ce n'est pas ça, vivre. Vivre, c'est militer, c'estagir. Hé bien ! tout ça se mélange et bouillonne dans ma tête.

Et, pour dire les choses, le maloya est venu mettre de l'ordre. Pourquoi ? Il est venu mettre de l'ordre parce qu'il m'a réconcilié avec mon pays, qu'il m'a ramené à lui. Parce que je me suis rendu compte que, pour employer les mots d'Alain Peters, le maloya était " un plat de résistance pour le cœur " en m'amenant à m'interroger sur ce que j'étais.
Et je trouve ma situation intéressante parce que l'idée reçue c'est que le maloya appartient aux Nègres, aux esclaves et que les Blancs dansent, je ne sais pas, moi, le quadrille, la mazurka … et que ce cloisonnement est immuable.


Et moi j'arrive avec ma gueule de mardi-gras…. Et c'est vrai, je suis un vrai masque de mardi-gras dans le maloya, parce que la représentation du maloya c'est un Nègre sur un rouleur, un Nègre avec un kayanm. Et c'est accepté puisque la quasi-totalité de ceux qui ont entretenu la tradition du maloya ont des ancêtres esclaves. Et quand on voit Firmin Viry et d'autres grands maloyeurs on se dit : " ils sont noirs. C'est normal. " Et moi, j'arrive. Je suis loin d'être noir ! je suis blanc, roux, Irlandais, avec des taches de rousseur, poil de carotte, un peu de tout ça, français de France aussi, et certains me disent même : " tu ne serais pas allemand, toi ? " vraiment ! il faut me mettre à part. Je n'ai même pas un petit air métissé. De plus, je fais un peu professeur, avec mes grosses lunettes marron.
Mon cas est passionnant parce que j'aime les situations qui dérangent. Et en ce qui me concerne, ça me fait réfléchir sur moi-même : que suis-je ? un petit Blanc qui chante le maloya ? un français de France qui chante le maloya ? un chanteur de maloya blanc ?
Et voilà l'autre, là-bas, assis sur son rouleur, qui me demande : " dis donc, Danyèl ! je suis bien Noir , mais je suis incapable de jouer du rouleur ! " Alors ? Alors tu te demandes ce que tout ça veut dire..

Et puis, tu vois et tu entends le tambour qui passe, et qui chemine dans ton subconscient. Et tout ça est au fond de toi, mais c'est encore confus, tu n'y as pas fait attention. Et c'est le maloya qui m'a ramené vers tout ça, c'est grâce à lui que j'ai ouvert les yeux et que je me suis demandé : " eh bien, La Réunion, qu'est-ce que c'est ? y avait-il une communauté Blanche ? une communauté Noire ? ou une autre communauté ? "
A l'origine, même. Parce que tout le monde est d'accord pour dire que le temps a passé et qu'il y a eu métissage…. Mais au début même, nous savons , en toute objectivité - et c'est ce qui m'a aidé dans ma réflexion - qu'ici, à la Réunion, il n'est pas arrivé une communauté Blanche, parlant une seule langue, venant d'une seule région de France, … disons de Bretagne. Il n'est pas arrivé une communauté Noire , avec une langue, une musique, un rythme venant d'un seul endroit… Parce qu'on a trop tendance à toujours dire : " Ah ! l'Afrique… " alors qu'on sait que lorsqu'on a pris les esclaves, on n'a pas pris une seule ethnie, une seule tribu, un seul village…


Tout ça m'a amené à réfléchir sur ma pratique du maloya. Est-ce que je fais du maloya parce que dans mes veines coule un peu de sang africain ? un peu de sang malgache ? ou d'un autre sang encore ? Je dis non. Même si je n'avais pas une goutte de sang malgache, pas une goutte de sang africain, même si j'étais pur Blanc de Bretagne, depuis dix, vingt générations, même si j'étais bien blond, avec les traits bien fins, par mon vécu, j'appartenais déjà à l'univers du maloya.
Et il y a une chose que je ne dois pas oublier ! C'est que lorsque j'apprends à jouer du rouleur, du kayanm, quand je vois Firmin Viry, j'ai depuis bien longtemps déjà, bien avant ma rencontre avec Firmin Viry, le son du tambour dans les oreilles. Depuis bien longtemps déjà , le parfum de l'encens, du sanblani, du masalé…imprègne mon subconscient. Et c'est ce qui fait mon identité. Je ne peux pas dire non, c'est impossible ! Que je veuille ou non, mais c'est là. Que je l'aime ou pas, le tambour , lui, il est réel, il ponctue notre temps dans l'année. L'odeur du jak mûr, du café grillé, du masalé, elle est présente , et la chapelle, et le chariot du défilé aussi. Par la suite, nous aimons, nous choisissons, nous aménageons … mais c'est la réalité. Et le maloya, lui, m'a fait prendre conscience de ça.

Et souvent, pour l'exposer aux journalistes étrangers, je prends l'exemple de mon groupe. Nous sommes cinq. Il y en a un, son petit nom c'est " l'Indien ". Et son vrai patronyme est indien. Donc c'est cohérent jusqu'à présent : il a un nom indien, il un physique d'Indien, élancé, la chevelure qui va avec, et si l'on ne cherche pas plus, il n'y a rien à y redire.


Et voilà qu'un jour, il invite un ami et lui dit : " Dis donc ! Je t'invite chez moi. Je t'invite à un Service, dimanche. " Et il n'en dit pas plus. Et l'autre camarade me demande, en aparté : " Danyèl ! qu'est-ce qu'il fait comme Service ? il fait Karli ? il fait Maryémin? Pétyay ? poule noire ? qu'est-ce qu'il fait ? " et moi de lui répondre : " mais non ! son Service à lui, c'est une cérémonie malgache, c'est le Service Kabaré. " Et ce gars-là, la première fois qu'il frappe sur un tambour, c'est grâce au maloya. Il est comme ça. Vous comprenez ? C'est çà la réalité.

Or, les idées reçues c'est : " Comment ! mais les Indiens ne jouent pas de maloya ! les Noirs ne font pas ci… et l'autre il ne fait pas çà ". Et nous, nous n'avons que des situations atypiques comme celle-là. Et si je prends le cas des autres membres du groupe, c'est pareil.
Je prends le deuxième du groupe. Lui, il est plutôt Blanc … " de type Blanc ", il passerait pour un français de France. Eh bien pour lui aussi c'est pareil : il ne mange pas de viande de cabri. Il apprend à battre le tambour. Ce n'est pas le tambour sacré, mais il bat du tambour. Et, ça a son importance, il n'a pas peur d'une malédiction. Et quand nous allons à la chapelle, il se sert normalement au repas…parce qu'il y a des gens qui en ont peur.
Et si je prends le cas du troisième camarade. Physiquement ? lui, il est Nègre. Et il est bien à sa place. Assis sur son rouleur, il correspond parfaitement à la représentation. Mais voilà ! il n'y a pas plus catholique que lui. Et ne lui parlez pas de Service Kabaré! Il en est terrorisé.
Pour en revenir à la couleur, certains me disent souvent : tu fais du maloya, d'accord, mais tu es Blanc . Je réponds : les gars, Danyèl Waro n'est pas nouveau. Ce n'est pas la première fois qu'il y a un Danyèl Waro. il y a déjà eu des Danyèl Waro mais ils se remarquaient moins.Firmin Viry est déjà un Danyèl Waro , si je ne m'abuse. Gramoun Lélé aussi est déjà un Danyèl Waro .

Depuis bien longtemps. Il y a eu beaucoup de Danyèl Waro avant Danyèl Waro. Parce que Firmin Viry n'est pas un Nègre pur, à cent pour cent ou cent vingt pour cent , si la négritude est la condition pour pratiquer le maloya. Et Gramoun Lélé de son côté, se présente comme Indien et Malgache. Et il revendique avec fierté, qu'il bat le tambour, qu'il prépare le zako, qu'il chante le narlgon, et qu'il bat le rouleur. Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que pour chaque individu, je suis désorienté, dans mon analyse, ma sorte de " grille de critères ethniques ". Tout le temps je me trompe. Le classement est impossible.

Et ça, c'est l'Histoire ! l'histoire d'une aïeule qui s'est rebellée, qui n'est pas restée dans la communauté, qui a aimé un étranger. Et la Réunion n'est que comme ça ! Elle n'est que rupture avec la norme, que situations atypiques. Parce que les gens étaient dans la même galère, dans la même sillon de cannes, à la même école…l'école a accéléré le brassage mais avant il y a eu les mêmes conditions de vie, les mêmes conditions de misère, les conditions d'exil aussi, exil par rapport aux ancêtres, et à un ailleurs.

Dans tous les pays, partout, on entend parler de pureté. Quel que soit le pays. Allez en Afrique, parlez de métissage. Ce n'est pas facile. Dans tous les pays vous voyez les conflits qui éclatent à cause des questions ethniques … Pour autant, est-ce que ça veut dire que le fait que tous se mélangent constituerait la recette d'une batardise, d'un métissage ?...
Mais nous, à la Réunion, notre exemple, c'est que nous sommes tous arrivés dans la même galère. Et c'est vrai que certains étaient sur le pont et que d'autres ramaient…

Malheureusement - ça se passe un peu comme ça dans notre tête - quand nous nous regardons dans un miroir, nous sommes… " ah ! j'ai de beaux cheveux, mais mon nez … mais ma bouche ….mais ma couleur … " Nous avons honte. De quoi avons-nous honte ? d'être noir. Parce que Cafre, Malgache, ce n'est pas reconnu. Ou bien nous avons honte d'être Blanc. Blanc ! c'est lourd à porter d'être Blanc : le Blanc et ses combines, le Blanc esclavagiste, profiteur de la traite. Pas tous les Blancs, mais la société était dominée par le Blanc …bien ! et l'Indien qui arrive, à son tour, et l'autre encore. .. pas facile de faire cohabiter tout ce monde . ils n'arrivent pas avec la même liberté, pas avec les mêmes coutumes. Et les catholiques qui essaient de dire : " allez ! tout le monde dans le moule catholique !" mais c'est impossible. Et heureusement que c'est impossible!
Et nous, nous avons à mettre l'Humanité en ordre dans notre tête. Hé ! c'est que ce n'est pas facile de faire s'entendre tout ce monde-là en nous !

Un jour, une chanteuse, défunte Toto Bissinte, m'a dit qu'elle trouvait que nous, à la Réunion, nous étions plus avancés que dans son pays, alors que dans notre esprit à nous, les Antillais sont fiers, solides, solidaires, qu'ils font bloc. Quand elle m'a dit ça, je me suis dit : " Ben ça ! je n'y comprends plus rien ! "
Et puis je me suis mis à me demander ce qu'elle avait voulu dire par là.. Et je me suis demandé : " et si à la Réunion, il y avait quelque chose, comme une force réelle, mais que nous n'avons pas encore bien comprise ; et s'il nous manquait encore un rien du tout pour que nous comprenions bien ? " Et je me suis dit : supposons qu'il y ait un peuple , aux Antilles par exemple, peut-être moins mélangé, avec plus de cohésion. " Nous les Nègres ", " nous les créoles ". Ce sont des paroles qu'on entend. Je ne détiens pas la vérité… sur le Martiniquais, le Guadeloupéen, ou bien le Guyanais.

Mais je suppose, en moi-même, et je me dis : et si on y jetait du poison … le poison du colonialisme, le poison de l'assimilation. On a travaillé un virus pour abattre une population, pour détruire des gens, pour leur enlever toute leur âme. On inocule le virus à un individu, et il est valable pour un autre, et encore un autre.

Et à la Réunion - ça c'est ce que je pense, hein ! - peut-être que ce virus-là, il est inefficace ; parce que lorsqu'il avance ici , il est stoppé un peu plus loin., parce que c'est comme le pays : il y a des précipices … il y a le marronnage. Le marronnage historique, le marronnage sociologique, et puis le marronnage d'une culture spécifique qui font que nous, nous pouvons lui échapper ! Tu m'as préparé un poison, tu as pensé que j'étais … disons… Cafre. Eh bien, je ne suis pas que Cafre, moi. Je suis Cafre, mais il y a en moi une parcelle de Malbar, une parcelle de Zarab, une parcelle de Chinois, une parcelle de Blanc… de tout ça, j'ai une parcelle. Et ce ne sont pas des parcelles juxtaposées. Toutes ces parcelles finissent par se mélanger au bout d'un moment. Mais pour qu'elles ne fassent plus qu'un, il faut que nous en prenions conscience, il faut les nourrir.

Mais si nous nous évertuons à les tuer parce que papa nous a dit : méfiance ! pas cette catégorie-ci, ce sont des voleurs ! méfiance ! pas cette catégorie-là, ce sont des sorciers ! méfie toi de ceux-là… lorsque nous y faisons attention , " Mais, papa ! je ne suis plus rien, moi, alors ! tu m'as dit que je n'étais pas ceci, que je n'étais pas cela…alors, que me reste-t-il ?

Depuis le début, nous construisons quelque chose. Et il y a des gens, c'est vrai qui voudraient retourner à la case départ, effacer la Réunion, pour que nous nous retrouvions pour de bon en quatre, cinq , six petits morceaux.

C'est ça ma réflexion sur la question. Qu'est-ce qui fait le Réunionnais ? Nous avons une richesse, nous voulons nous appauvrir. Nous ne sommes pas ceci … pas cela… et c'est la même chose pour le terme créole. Si la Créolité définit une même réalité pour les îles qui étaient colonies, c'est bien. Mais le terme créole recouvre tant de choses, ici à la Réunion aussi bien qu'ailleurs. Là, le créole est appliqué à un groupe humain.. à Maurice à un groupe différent. Ici, c'est encore différent. Et ça bouge, ça bouge. Il y a une définition qui désigne les Blancs nés aux colonies, entre autres…
Pour moi, à la Réunion, le mot créole s'appliquerait plutôt à une réunionnaiseté, et cette réunionnaiseté, il faut l'ensemencer, l'irriguer, la cultiver . Et c'est comme ça que j'explique ma " Batarsité ".
Et voilà que nous, nous avons peur. Et cette peur-là, elle tend à nous appauvrir au lieu de nous enrichir.
Allons ! tu as peur d'un repas de cérémonie ? Le cabri, le coq ont été coupés par tous. Tous viennent, et on ne m'a jamais demandé une pièce d'identité quand j'arrive à
la chapelle. On ne regarde pas ton visage ou tes origines, ou ton appartenance, pas plus que ton arbre généalogique…assieds-toi ! il y a une place, ici. Ou si tu veux, attends le deuxième service…. Et là, ta couleur, ta grandeur, ton rang social n'existent plus. Eh bien, il faut chasser cette peur.


Et là-dessus, hélas, bien des fois, le système ne nous aide pas. C'est pour cela que nous devons lutter, que nous devons irriguer encore, et encore la richesse qui est la nôtre.

Intervention de Monsieur Danyèl WARO

Personnalité invitée au 1er KABAR POU LA KREOLITE
(17-18-19 décembre 2002)

visiteurs

Bann zournalis-déor, ouminmsa bann marmay lékol, kan i vyin war amwin, i fé koz amwin si " Batarsité ", si maloya, tousala, m'i di azot konmsa : pou komansé, nana trwa pwin for pou mwin :
Promyé pwin for té travay bitasyon. Sanm amwin, sa té lo pli inportan, pars sa i vé dir kan ou plant out mayi pou giny out bousé manzé, dan out tèt, ou i aprann èt for, èt lib parapor sak i di aou : koman fé si bato dori i ariv a koulé ? Aprésa, ou lé dan la natir, ou viv èk la sézon, lo mo lékolozi, pétèt ou i koné pa mé ou viv avèk. Out kiltir, kiltir i va èk bitasyon, leson-n-soz, dévinèt, tousala…
Dézyinm pwin for té lékol. Mwin lavé la sans alé in bout…minm si mwin té i vé pa , mé mwin la giny trap inpé kan-minm. Lékol l'aprann amwin dévlop la konésans, l'amont amwin sèrv désèrtin zouti konm parégzanp mèt lo mo ansanm pou fé in romans.
Epi , trwazyinm zafèr, mwin lavé la sans tonm ansanm in papa té militan lotonomi Larényon, militan pou dobout, pou ronflé, pou di konmsa i fo réspèk anou, tousala… E tousala pou mwin, la fé in bon maryaz, in bon lamaraz pou lans amwin…

E ladsi, nana in flèr i ariv … in flèr, in siman tout-anminmtan : kèksoz i apèl maloya. E pourtan, mwin la pa né 'dan, mwin la pa grandi 'dan, ryin ! E maloya i débark, mwin 'na dizuit-vin-t-an, par Firmin Viry, par dot maloyèr…

E la, mwin noré pi dir m'i sava, m'i koz byin fransé, ousinonsa, m'i réisi, konm i di, m'i sort dan mon mizèr, m'i sort dan mon kanyardiz, m'i sort dan mon bitasyon, m'i bord sa, m'i nétway byin mon min pars 'na zèrb pik-pik dédan, lé an pat-zonn, tousala…m'i galiz ali byin, m'i mèt mon kravat, épisa m'i vyin in bon zanfan-n-moun.

Mésoman maloya l'ariv lo bon lèr-minm pou ardrès amwin, pou armèt amwin dan in bon somin, si m'i pé dir. Li la arminn amwin … Pars minm la politik, la politik-la i di amwin : " la rolizyon lé isi … la rolizyon lé la-ba … lopyom lo pèp… " Séfék pou mwin, dan mon tèt, m'i di : " bin ! tousad Larényon l'apou viv-la, bin sa la kouyonis, sa ! t'i manz pa bèf ! pokwé t'i manz pa 'si ? … pokwé t'i fé sa ?.. t'a gaspiy larzan !... " Pars mon papa l'amont amwin tèlman ké … flèr sé gaspiyaz, tousala ; anfin, la pa inn afèr pou manzé. Li la pas tèlman la mizèr ! ou plant dann zardin, ou plant zafèr pou manzé : salad, lo sou, mé ou plant pa flèr ! ou sar pa zwé … fopa léspri lo zé lé dan out tèt… I fé tousala i pas dan mon tèt, sa.
E anplis, Kominis i di amwin la rolizion, lo zafèr dimans-la, sa la pa la pryorité, sa la pa la vi, sa. La vi sé: nou milit, nou bouz.. Bon ! s'éfé-k nana in tad zafèr konmsa dan mon koko'd tèt i may.

E maloya, konm i di, la'ni galizé. Pokwé ? la'ni galizé parské, 'na défwa m'i di, la rékonsilyé amwin, la raminn amwin dan mon péi. Parské mwin la vi maloya té " in gro manzé pou lo kèr ", konm di Alain Peters, é l'i rofé réflési amwin dési kosa m'i lé.
Sé pou sa m'i di mon pozisyon lé gayar, parské domoun lé èk lidé : bin… maloya, zafèr Kaf, maloya, sa bann zésklav. E bann blan i dans sépakwé, kadriy, mazirka… E touzour séparasyon konmsa !

E mwin m'i ariv, èk mon figir i zir… Mon figir i zir, mwin, parapor maloya, pars zimaz maloya sé in Kaf dési in roulèr, in Kaf avèk in kayanm. E lo réalité osi lé prèské vré parské tout lo katégori domoun-la i sort lésklavaz ; é sé dan so milyé-la té i zwé maloya bonpé ; é i wa bann Firmin Viry , tousala, i di : " bon, lo koulèr lé plito nwar. E mwin m'i ariv, mwin lé pa plito nwar, mwin lé plito rouzon, blan, Irlandé, kodindé, pitaklé, tousa-k ou vé, inpé zorèy… 'Na inpé i di " aou, ou lé zalman ! ". Non ! Mwin lé dan lot koté, mwin lé pa ditou inpé métisé… mwin lé inpé profésèr, èk in gro linèt maron…
Mon pozisyon lé gayar, mwin. Pars m'i inm pozisyon i déranz. E mwin-minm, i fé réflési amwin osi dési mwin-minm : kosa m'i lé ? In yab i sant maloya ?! in zorèy i sant maloya ?! in blan I sant maloya?! E apré, ou i antan lot laba, i asiz si son roulèr i di: " oté, Danyèl ! mwin lé byin Kaf, mé m'i giny pa bat roulèr, té! " Bin? Ou i di: " kosa tousala i vé dir sa? "

Epi ou'i wa tanbour i pas la, lé dan out tèt, sa. Tousa lé dan out tèt, é ou la pankor byin trap ali, fé in kont èk li. Donk, lo maloya li la raminn amwin èk tousala, konprann tousala, épi dir : " bin ! Larényon-la kosa i lé ? èské navé in kominoté blan ? in kominoté nwar ? in kominoté konm-si… "
Déza, promyé débi… parské, dakor, lé-z-ané la pasé, la mélanzé… mé dépi promyé débi-minm n'i koné, si n'i kalkil byin - é sa la èd amwin kalkil, réflési - isi Larényon lé pa in kominoté-d blan, i koz minm lang , lé minm rézyon, i sort sépa an Frans, sépa laba, an Brétayn, la débarké… lé pa in kominoté nwar, avèk in lang, in mizik, in kadans dann in sèl landrwa… pars 'na tro touzour tandans di : " Ha ! Lafrik… " sirtou kan n'i koné, kan la pran zésklav-la, la pa pran in sèl blok, la pa pran in tribi, la pa pran in vilaz…

Tousa l'aminn amwin réflési koman m'i aminn maloya. Eské m'i fé maloya parské mwin nana in bout san-Kaf dan mon san? ou in bout Malgas ? ou in bout sépakwé ? M'i di non. Minm si mwin té san san-malgas, san san-afrikin, pir-blan-n Brétayn dépi dis, vin zénérasyon, minm si mwin té byin blon, byin galizé, par la fason mwin la viv, mwin té déza dann maloya.
E 'na inn afèr i fo pa m'i obliy : sé kan m'i aprann roulèr, m'i aprann kayanm, m'i wa Firmin Viry, lo son tanbour-la, dépi lontan, avan-minm m'i vwa Firmin Viry, sa lé dan mon zorèy. Dépi lontan, lodèr lansan, lodèr sanblani, lodèr masalé, tousala, fine rant anndan mwin, sa. Sé sa i fé mon lidantité. M'i giny pa di non, m'i pé pa ! minm si m'i vé pa, mé li lé la. M'i inm in tanbour, m'i inm pa, tanbour l'i lé la, li. L'i mark nout tan dan lané. Lodèr zak mir-la , lodèr Kafé griyé, lodèr masalé lé la, li, lo sapèl, lo saryo i travèrs, l'i lé la , li. Apré n'i inm, n'i triy, n'i mèt in bout ansanm . Mé soman l'i lé la, li. E sa, maloya la fé prann amwin konsyans sa.

E souvandéfwa, kan m'i ésplik in zournalis déor, m'i pran légzanp mon group. Nou lé a-sink. 'Na inn, banna i kriy ali Malbar. E parlfèt, son vré non in non malbar. Donk i kol byin li-la, ziska lèr; in non malbar, I prézant konm in Malbar, inpé long, sové konmsa, si ou rod pa lo bout, ou i di: lé bon konmsaminm.
E 'na in kou, l'i invit inn-ot kamarad, i di : " té! M'i invit aou mon kaz. M'i invit aou Sèrvis, dimans. " L'i di pa plis ké sa, li. E lot kamarad, par dèryèr, i domann amwin : " Danyèl ! Sèrvis kosa l'i fé ? l'i fé Karli ? l'i fé Maryémin? l'i fé Pétyay ? l'i fé poul nwar? Kosa l'i fé? " M'i di ali : " non ! i fé Sèrvis-Malgas, li-la ! i fé Sèrvis-Kabaré." E marmay-la, promyé fwa l'i tous in tanbour, lé par maloya. Lé konmsa, li. Ou konpran ? Ala koman i lé.
Pourtan i di aou : " ha bin ! Malbar i zwé pa maloya-sa ! Kaf i fé pa konm-si , é sa, i fé pa konm-sa ". E nou lé riyink an kout-kony konmsa. E si m'i kontinyé pou lézot manm dann group, lé parèy.
M'i arpran lo dézyinm dan lo group. Bin li, lé plito blan… " type blanc ", i rosanm in zorèy. Bin li osi l'i lé parèy : l'i manz pa kabri. L'i aprann tap tanbour. Minm si la pa in tanbour sakré, mé l'i tap tanbour-la. Li la pa pèr i kas son kolé, déza. E kan n'i sava la sapèl-la l'i trap lo manzé… parské 'na inpé-d'moun la pèr sa !
E m'i arpran mon trwazinm kamarad. Kosa i lé-li ? Bin, l'i lé Kaf. Ali lé son plas,li. L'i lé dési roulèr l'i koréspon avèk lo zimaz. Soman l'i lé katolik, katolik, katolik. Dmann p'ali koz in Sèrvis Kabaré ! L'i la pèr.
Pou arovni si lo zistwar-d koulèr, souvandéfwa 'na-d moun i di amwin : bin, ou fé maloya, mé ou lé blan. M'i di : marmay, mé, Danyèl Waro lé pa nèv. Lé pa promyéfwa nana in Danyèl Waro . La fini awar-d Danyèl Waro, mé soman lété mwin romarkab. Firmin Viry lé déza in Danyèl Waro, si m'i konpran byin. Gramoun Lélé lé déza in Danyèl Waro-li. Dépi lontan. 'Na plin-n Danyèl Waro avan Danyèl Waro. Parské Firmin Viry lé pa in Kaf-Kaf, san-pour-san, oubyin san-vin-pour-san, si sé lo Kaf i dwa fé maloya. Gramoun Lélé i di aou, li-minm, l'i lé Malbar é l'i lé Malgas. L'i di aou l'i lé fyèr-d sa, l'i bat tanbour, l'i pinn zako, l'i koné sant narlgon, é l'i bat roulèr… i vé dir kwé ?

I vé dir 'si sak boug konmsa m'i giny kout-kony, dan mon lanaliz, mon léspès " griy kritèr-étnik ". Toultan m'i giny kout-kony. Lé pa klasab.
Mé sé sa Listwar ! Listwar in gromèr la fé lo robélyon, la pa rès dan la kominoté, i inm innot parlaba. E Larényon lé ryink an sa-minm ! ryink an robélyon, ryink an kou-d-kony konmsa. Parské lé dann minm brankar, parské lé dann minm méné-kann, parské lé dann minm lékol… Lékol la aksélèr lo brasaz, li, mé avan, navé lo minm kondisyon-n-vi, lo minm kondisyon-n-mizèr, kondisyon-n-égzilé osi, égzilé parapor lorizine, parapor innot landrwa.

Dann tout péi partou i di anou touzour la pirté. Minmké sé ninport kèl péi. Ou sar an-n-Afrik, ou koz pa métisaz fasilman. Dan tout péi ou wa bèzman i pèt parapor so pirté-la… Astèr i vé pa dir pars tout i mélanz, i fé in rosèt in batardaz, in métisaz… Mé nou, Larényon, nou nana in légzanp ousak nou l'ariv dann minm brankar. Na in pé lé vré, la ral sarèt, inpé té dann sarèt ….
Malérèzman - nou lé inpé konmsa dan nout tèt - kan n'i ogard anou dan in glas, nou lé… " ah ! mon sévé lé byin, mé mon né lé pa… mon bous lé… mon koulèr lé… " Nou la ont. Kosa nou la ont ? Et nwar parské lé pa in moun, Kaf, Malgas… Sinonsa nou la ont èt blan. Et blan ! parské blan lé lour po porté : lo makrotaz lo blan ! lo lésklavaz lo blan ! lo déportaz lo blan ! pa tout blan, mé lo sosyété té blan é i domine…bon ! lo Malbar i ariv, son tour, lot i ariv lot ankor… lé pa fasil pou mèt tousa ansanm. I ariv pa èk lo minm liberté, i ariv pa èk lo minm manir. La, Katolik i ésèy di " alé ! i fo mèt tout sou lo minm zafèr katolik ! " mé i giny pa. E rèzman i giny pa !
E nou, nou nana Limanité pou réglé dan nout tèt. bon ! lé pa fasil fé antann tousala anndan nou.

E nana in santèz, défint Toto Bissinte, la di amwin konmsa li trouv, nou Larényon, nou lé pli avansé-k parlaba - é pourtan dan nout tèt-la, bann Zantiyé lé fyèr, lé solid, lé ansanm, i fé in sèl -. Bin kan l'i di amwin sa, m'i di : " la, m'i konpran pi,la ! "
Apré mwin la kalkil in kou. Mwin la di kosa l'i vé dir parla ? E la, m'i di akozpa 'na inn afèr Larényon, na in fors lé la, mé nou la pankor byin konprann, é i mank anou in-m-tipé pou nou byin konprann. E m'i di : si na in pèp parla, Zantiyé … sépamwin … somanké zot lé mwin mélanzé, parégzanp, somanké zot lé plis insèl. " Nou nèg ", " nou kréol ". Anfin in langaz ou i antan konmsa. Mwin la pwin la vérité ladsi, mwin… dsi lo Martiniké, lo Gwadloupéin ousansa lo Guyané .
Mé m'i kalkil konmsa dan mon tèt, m'i di : bin si ladan ou la larg in pwazon…pwazon-n kolonyalis, pwazon-n lasimilasyon. Ou la étidyé in viris pou grinn in popilasyon, pou tyé inpéd moun, pou démoun azot totalman. Ou larg lo viris dési inn, l'i mars pou lot, l'i mars pou lot ankor.

E Larényon - sa sé dan mon lidé, hin !- dawar lo viris-la, l'i mars pa ; pars kan l'i mars inbout, l'i arginy kout-kony parlaba, lé inpé konm lo péi, na ranpar…nana lo maronaz. Lo maronaz-listwar, lo maronaz-katégori-domoun, épi 'na lo maronaz-kiltir-konmsa, ousa nou giny syé-èk li, nou ! Ou la larg in pwazon pou mwin, ou la étidyé amwin… sépamwin … an Kaf. Bin mwin la pa aryink Kaf, mwin. Mwin lé Kaf, mé mwin na in bout Malbar, mwin na in bout zarab, mwin na in bout sinwa, mwin na in bout blan …tousala mwin na in bout. E lé pa in bout akoté innot bout. Tousa i fé insèl-sa, in'mandoné. Mé soman pou li fé insèl, i fo nou nana konsyans sa, i fo n'i aroz sa.
Mé si n'i rod pou tyé ali pars papa la di anou : " tansyon ! pa katégori-la, sa volèr-sa ! tansyon ! pa katégori-la, sa sorsyé-sa ! atansyon sa… " kan ou fé in kont, " Bin ! papa, mwin lé pi ryin, mwin alor ! ou i di amwin mwin lé pa sa, mwin lé pa sa… bin, kosa i rès amwin ? "

Nou lé an konstriksyon inn afèr dépi lo dépar . E 'na domoun, lé vré, i voudré rotourn a lorizine, éfas Larényon, é nou artrouv anou vréman an kat, an sink , an sis, par tibout.

Mon mazinasyon ladsi, sé sa. Kosa i fé lo Rényoné ? nou nana in risès, n'i vé apovri anou. Nou pa sa…nou pa sa… parèy pou lo mo kréol. Si lo Kréolité i défini in minm zafèr pou bannzil té koloni, tousa, dakor. Mé lo mo kréol lé sitèlman mayé, isi Larényon, konm déor. La, kréol sé intèl katégori domoun, Moris sé intèl katégori. Isi i tonm in katégori, mé i bouz, i bouz. 'Na in définisyon i di aou in blan né dan la koloni tousala …
Pou mwin lo mo kréol, Larényon, m'i sar plito si in réyonèzté, é so réyonèzté-la, i fo plant ali, i fo aroz ali, i fo kiltiv ali, sé pou sa, sa, lésplikasyon mon " Batarsité ".
E nou, la-dan, nou la pèr. E la pèr-la i anpès anou anrisi-anou, i rod apovri anou.
Té ! ou la pèr in manzé organizé? Lo kabri la koupé, lo kok la koupé, toulmoun ansanm. Toulmoun i ariv, é la zamé dmann amwin in pyès-d-idantité kan m'i ariv la sapèl. I dmann p'aou la figir ou kèl lorizine, kèl bor ou sort , out larb zénéalozik, tousala… Asiz aou ! 'na in plas, la. Sinon atann dézyinm sèrvis… é la, ou pé èt la koulèr ou la grandèr, ou la grosèr ou vé. Bin i fo tiré so pèr-la.


E sa, malérèzman, lo sistinm i èd p'anou, nadéfwa. Sé pou sa, i fo lité, i fo arozé toultan, toultan la risès nou nana.

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